Politique du personnel

Le changement générationnel

L’administration fédérale se trouve à un tournant historique : au cours des dix à quinze prochaines années, près de la moitié des employé·e·s partiront à la retraite. L’âge moyen du personnel fédéral est de 45,8 ans, un âge moyen supérieur à celui de la population active. Il ne s’agit pas là d’une simple anecdote, mais d’un enjeu politique.

Le changement générationnel va au-delà de la simple démographie. Il touche à la performance, à la continuité et à la qualité des fondements des décisions politiques. Lorsqu’un·e collaborateur·rice expérimenté·e part, ce n’est pas seulement une personne qui part, c’est également son expertise, ses réseaux de longue date, son expérience des institutions.

La situation est d’autant plus problématique lorsque, dans le cadre de mesures d’économies, des postes vacants restent inoccupés pendant des mois. A court terme, cela allège le budget fédéral. À long terme, cela engendre une perte de connaissances, une charge de travail accrue pour les équipes, des risques pour l’accomplissement des tâches. Le transfert de connaissances nécessite du temps et des ressources. Considérer la rotation du personnel avant tout comme un potentiel d’économies, c’est méconnaître la dimension stratégique de la gestion des générations.

Les critiques adressées à l’administration fédérale par la droite bourgeoise, et même le centre, du Parlement sont préoccupantes. Les reproches généralisateurs et les appels instinctifs à l’austérité peuvent sembler politiquement opportuns, ils ne résolvent cependant aucun problème structurel. Au contraire, ils affaiblissent l’attractivité de la Confédération en tant qu’employeur, précisément à un moment où la relève qualifiée et les spécialistes expérimenté·e·s sont recherché·e·s.

La collaboration entre les générations n’est pas une thématique secondaire des ressources humaines, c’est une mission de direction. Les différentes phases de la vie s’accompagnent d’attentes différentes. Ce qui rassemble, c’est le désir de donner un sens au travail, d’être valorisé·e·s et de bien collaborer. C’est sur ces éléments que doit s’appuyer la politique du personnel.

Pour l’APC, une chose est claire : des dispositifs contraignants de transfert des connaissances, tels que tandems, mentorats, passations structurées et double affectation ciblée sur les postes clés doivent être mis en place. La lutte systématique contre la discrimination liée à l’âge est tout aussi essentielle. Une administration forte ne doit pas dresser les générations les unes contre les autres.

Ce bouleversement offre des opportunités : les nouveaux·elles collaborateurs·rices apportent des compétences numériques et de nouvelles perspectives, tandis que les expérimenté·e·s apportent une compréhension stratégique et une mémoire institutionnelle. Gérer cette transition de manière proactive est essentielle, et non selon une logique d’économies à court terme.

Économiser aujourd’hui sur le personnel est faire des économies sur la qualité et la stabilité de demain. Le changement générationnel n’est pas une question de coûts, c’est un investissement dans l’efficacité de l’administration fédérale.

Jérôme Hayoz, secrétaire général de l’APC

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