Une personne de l’équipe a changé. Depuis quelques semaines elle n’est plus comme d’habitude. Tout le monde le remarque. Personne n’en parle.
En réunion, elle ne dit presque plus rien, ne vient plus manger avec les autres, répond aux courriels de manière plus laconique qu’auparavant, voire pas du tout parfois : c’est un·e collègue qui, depuis quelques semaines, se comporte différemment.
Tu le remarques, et les autres aussi, mais personne n’en parle. Peut-être traverse-t-elle juste une période difficile. Peut-être souhaite-t-elle qu’on la laisse tranquille. Peut-être que, tout simplement, ce n’est pas mon problème.
Pourtant, pas besoin d’une formation pour remarquer qu’une personne n’est plus comme d’habitude. Il suffit d’y prêter attention. Celui ou celle qui se replie sur soi, réagit de manière plus vive, semble constamment épuisé·e ou travaille soudainement différemment qu’auparavant envoie des signaux. Ce n’est pas à toi de les interpréter, mais tu peux les remarquer. Lorsque nous nous voyons moins souvent en personne, par exemple à cause du télétravail, nous remarquons moins de choses par hasard et nous devons donc poser des questions de manière plus consciente.
Pourquoi détournons-nous le regard ?
Pourtant, la plupart du temps, nous ne le faisons pas : détourner le regard est rarement synonyme d’indifférence, mais plutôt d’incertitude. Nous craignons de paraître envahissant·e·s, de dire quelque chose de déplacé ou de nous retrouver confronté·e·s à une situation à laquelle nous ne sommes pas préparé·e·s. Alors, nous attendons. Et comme tout le monde attend, rien ne se passe.
À cela s’ajoute le fait que beaucoup d’unités organisationnelles connaissent actuellement de profonds changements : réorganisations, postes vacants, augmentation de la charge de travail avec des ressources plus limitées. Quand nous travaillons nous-même à la limite de nos capacités, nous avons moins d’attention à accorder à notre voisin·e de bureau, alors que c’est justement à ce moment-là que cette attention serait la plus nécessaire.
Poser la question une deuxième fois
« Comment vas-tu ? », « Bien, merci. » La conversation s’arrête avant même d’avoir commencé.
La première réponse est presque toujours une réponse de convenance. C’est de la politesse, un réflexe, un moyen de se protéger parfois. Quand nous voulons vraiment savoir comment va quelqu’un, nous posons la question une deuxième fois. Pas de manière insistante, mais de façon concrète et attentive :
« J’ai l’impression que tu ne vas pas très bien en ce moment. Comment vas-tu vraiment ? »
C’est cette deuxième question qui fait toute la différence. Elle montre que je n’ai pas posé la question par simple politesse. Je l’ai posée parce que je veux savoir. Beaucoup de personnes attendent justement cela : un·e interlocuteur·rice qui ne se contente pas de la réponse polie comme point final.
Et c’est souvent là que réside le véritable frein : tu n’as rien à résoudre, rien à cerner et encore moins à diagnostiquer. Écouter suffit ; pour tout le reste, il existe des services spécialisés. Si une telle conversation te préoccupe par la suite, la même règle s’applique à toi autant qu’à ton·ta interlocuteur·rice. Nous pouvons aussi en parler !
En parler n’aide pas toujours tout de suite. Cela permet toutefois de briser quelque chose qui pèse plus lourd que le problème lui-même :le sentiment d’être seul·e face à cette situation. Quand nous savons qu’un:e membre de l’équipe s’en est rendu compte, nous sommes plus enclin·e·s à demander de l’aide.
« Ce n’est pas mon problème » n’est donc pas tout à fait vrai. La question n’est pas de savoir si cela te concerne, mais si et comment tu y prêtes attention.
Joël Schneeberger, collaborateur Communication et développement